Khartoum
Il attendait le bus pour Abri. Djellaba blanche et bonnet noir.
Ici, c'est par la tête qu'on prend le mal.
Le tabouret posé sur un bitume embué par le sable, la marchande de thé faisait bouillir l'eau avec son braséro bricolé. Le bus arrive, la foule se presse. Ville trop pleine au milieu du désert.
Il est resté sur le quai. Je suis parti.
Paris. RER B.
Je suis monté à gare du Nord. J'ai pris la place en face de lui.
À La Plaine, il s'est tourné vers le dehors et ses yeux cerclés d'or m'ont ébloui.
Ce gosse là, c'est un ange. Un ange déçu.
Je lui aurais bien dit... Je lui aurais bien dit : « Petit, c'est à toi de faire le monde. »
Je me suis tu. J'ai eu tort. Il est descendu à Drancy.
Calais. La jungle.
Je l'imagine là, atterré, regardant les policiers débarquer.
À deux pas la mer, la liberté.
Wazemmes
Il regarde le groupe de Jazz qui joue du blues
Je regarde ses yeux noirs et sa moue bizarre
Que scrutes-tu sous tes cercles de feu ?
Serais-tu de ceux qui ne sont jamais satisfaits ?
Je ne sais pas, mais je sais que je t'ai cent fois croisé dans ce quartier-monde.
Tu es vivant. Je t'aime. Comme tout ce qui vibre.
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